Imaginez une plante incapable de photosynthèse, qui se reproduit par clonage et vit en parasite sur les racines d'autres végétaux. Difficile de la qualifier de "plante" au sens classique du terme, n'est-ce pas ? C'est pourtant bien le cas des espèces du genre Balanophora, dont les secrets génétiques viennent d'être percés par une équipe de chercheurs japonais.
Des végétaux qui bousculent nos certitudes botaniques
Dans mon jardin, j'observe quotidiennement le miracle de la photosynthèse : mes arbres fruitiers, mes aromatiques et mes légumes captent la lumière pour produire leur énergie. C'est le fondement même de ce qui définit une plante pour la plupart d'entre nous. Pourtant, certains végétaux ont emprunté un chemin radicalement différent au fil de l'évolution.
Le botaniste Kenji Suetsugu, de l'université de Kobe, a consacré une partie de sa carrière à ces organismes atypiques. Dans un communiqué de son université, il confie : "Mon objectif de longue date est de repenser ce que signifie être une plante". Sa fascination pour les végétaux ayant abandonné la photosynthèse l'a conduit à étudier l'un des cas les plus "extrêmes" : le genre Balanophora.
Une stratégie de survie peu conventionnelle
Ces plantes singulières ont développé une approche de la vie végétale totalement opposée à celle que nous connaissons :
- Absence de photosynthèse : elles ne produisent pas leur propre énergie à partir de la lumière
- Parasitisme : elles puisent leurs ressources directement dans les tissus d'autres plantes hôtes
- Reproduction asexuée : certaines espèces se multiplient essentiellement par clonage
Pour comprendre ces adaptations, l'équipe de recherche a combiné trois axes d'investigation rarement réunis : l'analyse du génome, l'étude écologique et l'observation des modes de reproduction. Les résultats ont été publiés dans la revue scientifique New Phytologist en 2025 (P. Svetlikova et al.).
Un génome drastiquement simplifié
L'étude révèle que toutes les espèces du genre Balanophora possèdent un génome "considérablement réduit" au niveau de leur plaste, cette structure cellulaire normalement dédiée à la photosynthèse. Cette simplification génétique serait survenue chez un ancêtre commun, bien avant que la lignée ne se diversifie en multiples espèces.
En revanche, la capacité à se reproduire sans fécondation semble avoir émergé indépendamment à plusieurs reprises au cours de l'évolution. Cette aptitude à produire des graines viables sans pollinisation aurait permis à ces plantes de coloniser progressivement l'archipel s'étendant du Japon continental jusqu'à Taïwan, en passant par Okinawa.
Un travail de terrain exigeant
Kenji Suetsugu souligne la difficulté de mener ces recherches : "Ces plantes sont rares, dispersées et souvent confinées aux forêts escarpées et humides. Mais des années d'expérience dans l'étude des Balanophora, tant en laboratoire que sur le terrain, ainsi que des relations de longue date avec des naturalistes locaux, ont rendu ce projet possible."
Pour le chercheur, voir l'histoire évolutive de ces organismes se dévoiler au niveau génomique représente l'aboutissement d'innombrables heures d'observation dans des environnements forestiers sombres et humides. "Après avoir passé d'innombrables heures à observer ces plantes dans des forêts sombres et humides, voir leur histoire se dévoiler au niveau génomique est extrêmement gratifiant", confie-t-il.
Quelles perspectives pour la recherche ?
L'équipe scientifique prévoit désormais d'approfondir ses investigations en reliant ces découvertes génomiques à des mesures biochimiques. L'objectif : déterminer "ce que produisent réellement les plastes de Balanophora" et comprendre comment ces produits cellulaires "contribuent à la croissance des plantes parasites" au sein des racines de leurs hôtes.
Ces travaux nous rappellent que le monde végétal recèle encore bien des mystères. En tant que jardinier, je reste humble face à la complexité du vivant. Chaque découverte scientifique élargit notre compréhension des stratégies que les plantes ont développées pour survivre et prospérer, parfois de manière totalement inattendue.
Note importante : les informations présentées dans cet article proviennent de travaux de recherche publiés. Pour approfondir le sujet, je vous invite à consulter la publication originale dans New Phytologist ainsi que les communications officielles de l'université de Kobe.