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Bonsaï

Le bonsaï n’est pas une plante d’intérieur : voici pourquoi vous le tuez

Actualité

On imagine souvent le bonsaï comme une plante d'appartement parmi d'autres — un petit arbre décoratif qu'on arrose de temps en temps et qu'on oublie sur un rebord de fenêtre. C'est à peu près le meilleur moyen de le tuer. Ce qui rend le bonsaï particulier, c'est justement qu'il n'est pas une plante décorative. C'est un arbre entier, avec les mêmes besoins qu'un chêne ou un érable, contraint de vivre dans quelques centimètres de terre.

Le mot lui-même dit déjà tout : « bonsaï » vient du japonais et signifie littéralement « planté dans un pot ». Pas « arbre miniature », pas « arbre nain ». Un arbre dans un pot. La nuance compte, parce qu'elle dit quelque chose d'essentiel sur ce qu'on fait quand on cultive un bonsaï : on ne travaille pas sur une espèce particulière, on applique une méthode à n'importe quel arbre.

Une pratique qui vient de loin, et pas du Japon

Bien que le mot « bonsaï » soit japonais, l'art qu'il décrit est originaire de l'Empire chinois. Dès le IIe siècle, en Chine, se pratiquait le Penjing — « paysage en pot » —, pour unique but esthétique. L'idée n'était pas encore de travailler un arbre seul, mais de recréer un paysage entier dans une coupe. À la place de paysages entiers, les Japonais ont commencé à cultiver des arbres individuels, et c'est là que l'art du bonsaï tel qu'on le connaît a pris sa forme distincte.

Le bonsaï aurait été introduit au Japon à l'époque de Heian (794-1192). Un événement marque la fin du XIe siècle : l'entrée du bouddhisme zen au Japon. Les moines zen, reconnaissant la beauté dans une sévère austérité, développèrent leurs paysages en plateau d'une manière dans laquelle un simple arbre dans un pot pouvait représenter l'univers. Ce n'est pas anodin. Le bonsaï n'a pas été pensé comme objet décoratif, mais comme support de méditation — une façon de tenir l'infiniment grand dans quelque chose qu'on peut tenir dans les mains.

Durant la période de Kamakura (1192 à 1333), les bonsaïs sont assimilés à des objets d'art. Ils symbolisent l'éternité et l'harmonie entre l'être humain et la nature. Pendant longtemps, ils restent réservés à la noblesse et aux religieux. C'est à partir du XIVe siècle, et grâce à son omniprésence dans l'art et les représentations culturelles, que le bonsaï se démocratise et touche toutes les classes.

En Europe, l'arrivée est tardive. La première exposition de bonsaï en Occident a eu lieu lors de l'Exposition Universelle de Paris en 1878, marquant le début de l'intérêt pour cette forme d'art en Europe. Longtemps considéré comme une curiosité exotique, il faut attendre l'après-guerre pour que la pratique s'installe vraiment.

Ce que « miniaturiser » veut dire concrètement

Voilà une chose qui surprend souvent : une idée préconçue largement répandue veut que les plantes utilisées en bonsaï soient des espèces naines particulières. Il n'en est rien, et quasiment toutes les espèces ligneuses peuvent être conduites en bonsaï, à part quelques exceptions chez lesquelles la réduction de la taille des feuilles est impossible. Un érable, un genévrier, un ficus, un olivier — tous peuvent devenir des bonsaïs. Ce qui change, c'est le travail qu'on y met.

Le concept de base à bien comprendre est que ces arbres ne conservent leurs petites dimensions que grâce à une taille constante, sans laquelle ils continueraient simplement de grandir jusqu'à ne plus ressembler à un bonsaï, mais à un arbre ordinaire. C'est peut-être la chose la plus importante à savoir avant de se lancer. Un bonsaï sans entretien n'est pas un bonsaï raté — c'est juste un arbre en pot qui pousse.

Trois techniques structurent principalement ce travail de maîtrise. La taille d'abord, qui se divise elle-même en taille structurelle — supprimer les branches qui ne s'intègrent pas à la silhouette voulue — et en taille d'entretien, régulière tout au long de la saison de croissance. Le pincement ensuite : il sert à diriger et contrôler la croissance des pousses trop fortes. Avec le pincement, on peut augmenter la densité des branches, tout en réduisant la taille des feuilles. Traditionnellement, on le fait avec les doigts, en retirant les extrémités des bourgeons tendres avant qu'ils ne se lignifient.

La ligature est la troisième technique, et probablement la plus délicate à maîtriser. Ligaturer est une technique fondamentale pour mettre en forme et entretenir les bonsaïs. En enroulant du fil autour des branches de l'arbre, il est possible de plier et positionner les branches. Il faudra quelques mois avant que les branches se stabilisent dans leur nouvelle position ; alors le fil doit être retiré. D'une certaine manière, la ligature remplace la force du poids des branches que possèdent les grands arbres dans la nature.

Ce qui complique la ligature, c'est le timing. Pendant la période de croissance, les branches s'épaississent assez vite et le fil risque de s'incruster dans l'écorce, faisant des cicatrices disgracieuses. Il faut inspecter régulièrement son arbre et retirer le fil à temps. J'ai vu des bonsaïs abîmés pour cette seule raison — pas par manque de soin, mais par inattention sur quelques semaines au printemps. Le fil d'aluminium est conseillé aux débutants : plus souple, plus facile à poser et à retirer que le cuivre.

Styles formalisés, mais pas rigides

Il existe une vingtaine de styles reconnus en bonsaï, chacun correspondant à une situation naturelle différente : tronc droit, tronc incliné, cascade, forêt, arbre sur rocher... À travers les années, de nombreux styles ont été identifiés pour les classer, ressemblant à des situations naturelles. Ces styles sont sujets à l'interprétation et à la créativité personnelles, ce qui signifie qu'un arbre ne doit pas forcément ressembler exactement à l'un des styles. C'est une distinction qui mérite d'être faite : les styles existent comme repères, pas comme règles.

La taille du bonsaï joue aussi un rôle dans sa classification. Les Mame et Shôhin sont des arbres tenus d'une main, jusqu'à 23 cm de hauteur — les plus délicats, ceux qui demandent le plus d'attention. Les Shûshin, Kotate-mochi et Komono sont des bonsaïs à deux mains, de 16 à 60 cm, les plus appréciés des amateurs. Les Omono, à quatre mains, peuvent mesurer entre 60 cm et 1,40 m, autrefois symboles de pouvoir et de richesse.

L'entretien au quotidien : moins mystérieux qu'il n'y paraît

L'arrosage est le point sur lequel on fait le plus d'erreurs, dans les deux sens. Parce qu'il vit dans une petite quantité de terre, celle-ci tend à vite s'assécher. Toutefois, les racines des bonsaïs peuvent se mettre à pourrir à cause des excès d'arrosage. Arrosez lorsque le substrat est asséché sur la moitié supérieure. Pas de calendrier fixe, donc — il faut observer le substrat.

Le rempotage est une étape souvent négligée. Bien que les racines soient aussi taillées régulièrement, ceci n'est pas fait dans le but de nanifier l'arbre, mais d'entretenir sa vigueur. On taille donc régulièrement, tous les ans pour les arbres jeunes, les racines d'un tiers afin de leur redonner de l'espace dans leur pot. En règle générale, les bonsaïs sont rempotés au printemps avant le débourrement ou juste après la reprise de la croissance.

Sur le choix de l'espèce pour débuter, les avis convergent assez bien. De manière générale, les conifères ainsi que les ficus sont les moins exigeants en matière de soins. Le genévrier est souvent recommandé aux débutants pour sa robustesse et sa tolérance aux erreurs d'arrosage. Ce n'est pas le plus spectaculaire, mais c'est probablement celui avec lequel on apprend le mieux — parce qu'il pardonne, jusqu'à un certain point.

Ce qui rend le bonsaï difficile à saisir au départ, c'est qu'il n'y a pas de méthode universelle. Chaque espèce a ses rythmes, ses exigences, ses réactions à la taille. Le bonsaï est une plante miniaturisée qui vit pendant parfois des centaines d'années grâce aux soins de jardiniers attentionnés. Cette longévité dit quelque chose sur la nature de la pratique : ce n'est pas un projet qu'on termine, c'est une relation qu'on entretient.

Sources

Nicolas

À propos de l'auteur

Rédacteur

« Passionné de jardinage, je cultive potager, verger, plantes exotiques et agrumes. Je partage mes astuces et conseils pour tous les jardiniers. »