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Tisane

Cette tisane que tout le monde boit... pourrait aggraver votre syndrome de l’intestin irritable !

Actualité

Quand on souffre du syndrome de l'intestin irritable, on finit souvent par passer en revue toutes les infusions du rayon santé. Camomille, fenouil, menthe poivrée — les emballages promettent beaucoup. Ce que personne ne dit clairement, c'est que la plupart de ces boissons n'ont pas de preuves sérieuses derrière elles dans ce contexte précis, et que certaines peuvent même aggraver les symptômes.

Le SII est un trouble des interactions entre le cerveau et l'intestin. Il se traduit par des troubles du fonctionnement de l'intestin — douleurs abdominales, constipation, diarrhée, ballonnements — et touche environ 5 % de la population française. Sans gravité, il altère néanmoins la qualité de vie de ceux qui en souffrent au quotidien. Ce n'est pas une maladie qu'on guérit avec une tisane. Mais ce qu'on boit peut clairement jouer sur les symptômes, en bien ou en mal.

La menthe poivrée : efficace, mais pas en tisane

C'est sans doute la plante la plus citée dans ce contexte. Et il y a une raison : les effets de l'huile essentielle de menthe poivrée sur le système digestif sont principalement dus à sa forte teneur en menthol, qui a une action antispasmodique sur les muscles lisses des voies gastro-intestinales — ce qui peut soulager ballonnements, crampes abdominales et spasmes.

Mais voilà le problème : une infusion de menthe poivrée ne délivre pas l'huile essentielle là où elle est utile. Les capsules gastrorésistantes ne se dissolvent pas pendant leur passage à travers l'estomac, elles arrivent intactes dans l'intestin, où elles se dissolvent à un pH supérieur ou égal à 7. Une tisane, elle, ne bénéficie d'aucun de ces mécanismes de protection : le contenu actif est détruit par l'acidité gastrique bien avant d'atteindre sa cible.

La méta-analyse la plus complète publiée à ce jour sur l'efficacité de l'huile essentielle de menthe poivrée dans le SII a montré qu'il s'agit d'un médicament efficace et sûr pour le traitement des symptômes — aussi bien sur la symptomatologie générale que sur le soulagement des douleurs abdominales. Mais cette conclusion vaut pour la gélule gastro-résistante, pas pour l'infusion. Ce sont deux formes radicalement différentes.

La camomille : une tisane à manier avec précaution

La camomille a une réputation apaisante bien établie. Une revue médicale de 2010 a rapporté que ses propriétés anti-inflammatoires peuvent aider à soulager les spasmes musculaires associés aux troubles intestinaux. Rien d'absurde, donc. Sauf que pour les personnes qui suivent un protocole alimentaire pauvre en FODMAP — ces sucres fermentescibles souvent en cause dans les symptômes du SII — la tisane de camomille pose un problème concret.

Plus on laisse infuser une tisane à la camomille, plus sa teneur en FODMAP augmente. Plus le temps d'infusion est long, plus le risque de déclencher des symptômes est élevé. Autrement dit, même une plante réputée douce peut devenir une source de douleurs selon la façon dont on la prépare et la quantité consommée. Si la camomille vous convient bien avec une infusion courte — une à deux minutes, pas plus — il n'y a aucune raison de l'abandonner. Mais si les symptômes persistent, c'est là qu'il faut regarder.

La boisson qui ne déçoit jamais les intestins sensibles

C'est l'eau plate. Pas très spectaculaire, mais c'est elle qui revient systématiquement dans les recommandations des spécialistes des troubles digestifs, précisément parce qu'elle ne contient rien qui puisse irriter, fermenter ou stimuler le transit de manière incontrôlée.

Dans la pratique, les eaux peu minéralisées sont généralement mieux tolérées par les intestins sensibles : elles permettent une bonne hydratation sans stimuler excessivement le transit ni provoquer de ballonnements. Les eaux minérales très riches en magnésium, en revanche, peuvent aggraver certains symptômes du SII.

La température compte aussi. Une eau à température ambiante, voire légèrement chaude, peut procurer un effet apaisant sur les douleurs abdominales — de la même façon qu'une bouillotte apaise les spasmes par voie externe. La chaleur détend les muscles de l'abdomen et contribue à améliorer localement la circulation sanguine. Ce n'est pas un effet démontré scientifiquement au sens strict, mais c'est un ressenti cohérent avec ce qu'on sait de la physiologie musculaire. En revanche, les boissons glacées sont à éviter : pour les personnes ayant un SII avec diarrhée prédominante, il est conseillé de supprimer les boissons glacées, qui peuvent accélérer le transit.

Côté volume, qu'il s'agisse de diarrhée ou de constipation, il est essentiel de boire entre 1,5 et 2 litres d'eau par jour. Il est préférable de fractionner cet apport tout au long de la journée plutôt que de tout concentrer sur quelques grands verres.

Ce qui mérite vraiment d'être limité

Plusieurs boissons courantes ont des effets documentés sur les intestins irritables. Le café stimule la motricité intestinale — utile pour certains, problématique pour d'autres — et reste irritant à haute dose. Les aliments les plus souvent identifiés comme responsables de symptômes incluent l'alcool, le café, les jus de fruits et certains produits laitiers.

Les sodas et l'eau gazeuse introduisent des gaz directement dans le tube digestif, ce qui peut aggraver les ballonnements. L'alcool est une cause fréquente de poussées du SII : il peut augmenter la motilité intestinale, entraîner des selles molles, des ballonnements et une gêne abdominale, tout en irritant la muqueuse intestinale.

Ce n'est pas pour autant qu'il faut tout supprimer d'un coup. La logique à adopter est celle de l'observation personnelle : noter ce qui déclenche les symptômes, à quelle quantité, et ajuster en conséquence. Le SII est un trouble dont les déclencheurs varient fortement d'une personne à l'autre. Ce qui aggrave les symptômes de l'un peut être parfaitement toléré par l'autre. Il n'existe aucun traitement curatif, et ce qui est efficace chez un patient donné peut être complètement inefficace chez un autre. C'est précisément pour ça que l'eau plate, sans aucune variable parasite, reste la seule boisson universellement recommandable.

Sources

Nicolas

À propos de l'auteur

Rédacteur

« Passionné de jardinage, je cultive potager, verger, plantes exotiques et agrumes. Je partage mes astuces et conseils pour tous les jardiniers. »