Il existe des plantes que la botanique classe, mesure et photographie, et d'autres dont l'existence relève davantage du récit que du catalogue. Les cinq espèces qui suivent appartiennent aux deux catégories à la fois. Certaines sont documentées avec précision par des institutions scientifiques. D'autres flottent entre légende et observation anecdotique. Toutes posent la même question : qu'est-ce qu'une espèce encore vivante, quand il n'en reste que quelques individus, voire un seul, quelque part sur Terre ?
Ce qui rend ces fleurs fascinantes, ce n'est pas leur beauté au sens décoratif. C'est la mécanique de leur survie — ou de leur disparition annoncée. Chacune raconte quelque chose de différent sur la façon dont le vivant tient, ou lâche.
Le Kokia cookei, sauvé d'une branche avant l'incendie
L'histoire du Kokia cookei ressemble à celle d'une espèce qui a raté plusieurs fois son extinction. Découvert dans les années 1860 sur la côte ouest de Moloka'i, à Hawaï, par un certain R. Meyer, il ne comptait déjà alors que trois arbres — qui n'ont pas pu être retrouvés lors des visites suivantes. En 1910, un seul arbre vivant fut localisé dans la même zone. En 1915, ce dernier spécimen sauvage était en très mauvais état, mais quelques graines furent collectées. L'espèce disparut du milieu naturel en 1918.
En 1970, un plant fut redécouvert sur la propriété de Kauluwai, à Moloka'i — probablement un rescapé des cultures précédentes. En 1978, un incendie détruisit ce dernier individu enraciné. Ce qui a sauvé l'espèce de la disparition totale, c'est une branche prélevée avant le feu. Le Kokia cookei a été sauvé de l'extinction totale par greffage de rameaux sur des porte-greffes appartenant à ses deux proches parents, le Kokia drynarioides et le K. kauaiensis. Aujourd'hui éteint à l'état sauvage, il n'existe plus qu'à travers 23 plants greffés, répartis dans cinq sites différents sur les îles de Maui, Moloka'i, Hawai'i et O'ahu.
Ce que ces 23 individus ont en commun, c'est leur origine génétique unique. Ils descendent tous du même arbre. Ce n'est pas une population — c'est un clone dispersé sur un archipel, maintenu en vie par des botanistes qui savent que la moindre défaillance pourrait être la dernière.
La Rafflesia arnoldii n'a ni tige, ni feuille, ni racine
La Rafflesia arnoldii est souvent présentée comme la plus grande fleur du monde. C'est exact, avec une nuance : elle produit bien la plus grande fleur individuelle sur Terre, mais des plantes comme l'arum titan possèdent des organes floraux plus grands — qui sont techniquement des regroupements de nombreuses fleurs. La distinction mérite d'être posée.
La fleur de Rafflesia arnoldii atteint environ un mètre de diamètre et pèse jusqu'à 11 kilogrammes. Un spécimen qui a fleuri en Sumatra occidentale en janvier 2020 a été mesuré à 111 centimètres de diamètre — la plus grande fleur jamais enregistrée. Ce qui est plus troublant encore, c'est ce qu'on ne voit pas : la Rafflesia ne possède ni tige, ni racine, ni feuille. Son système vasculaire est réduit au minimum. Elle est incapable de photosynthèse, et s'immisce dans la plante hôte via des filaments, comme un champignon, pour puiser directement dans la sève.
Sa floraison dure seulement cinq à six jours par an. Pour attirer ses pollinisateurs, elle dégage une odeur de chair en décomposition. Ce fumet de charogne lui permet d'attirer des mouches qui assurent sa pollinisation — la plante se fait en quelque sorte passer pour un animal mort. La Rafflesia arnoldii est particulièrement affectée par la déforestation massive en Asie du Sud-Est. Contrairement à d'autres végétaux, il semble très difficile, voire impossible, de la cultiver en raison de son système végétatif complexe — de nombreux spécialistes ont essayé, sans succès.
Le Middlemist's Red, disparu de Chine depuis deux siècles
Son nom contient le mot « red ». Pourtant, le Middlemist's Red est en réalité d'un rose profond. Ce camélia doit son nom à John Middlemist, un pépiniériste londonien qui l'a rapporté de Chine en Grande-Bretagne en 1804. La plante a disparu de Kew Gardens, où elle avait d'abord été déposée, et s'est éteinte de son habitat chinois d'origine vers le milieu des années 1820 — vraisemblablement à cause des pratiques de collecte, de la destruction de l'habitat et d'une surexploitation.
Aujourd'hui, il n'en existe plus que deux spécimens connus dans le monde : celui de Chiswick House and Gardens, à Londres, et un autre à Waitangi, en Nouvelle-Zélande. L'exemplaire de Chiswick a été planté par le sixième duc de Devonshire en 1823, dans une serre de 90 mètres de long. Le spécimen néo-zélandais a été apporté à Waitangi par Lord Bledisloe en 1934.
Ce qui rend ce cas particulièrement saisissant, c'est que le Middlemist's Red n'est pas une plante difficile à propager. Son quasi-effacement n'est pas dû à des difficultés de culture — la plante se multiplie relativement facilement. C'est une extinction par indifférence et par accident, pas par impossibilité botanique.
Le Campion de Gibraltar, retrouvé sur une falaise inaccessible
En 1992, la communauté scientifique considérait le Silene tomentosa — le Campion de Gibraltar — comme définitivement éteint. La Gibraltar Ornithological & Natural History Society savait encore en 1985 que la plante existait, mais en 1992, ses membres la considéraient eux aussi disparue. Elle fut redécouverte en 1994, dans la réserve naturelle du Upper Rock.
C'est une plante vivace à base ligneuse, haute d'environ 40 centimètres, aux fleurs bilobées allant du rose au violet pâle, endémique de Gibraltar. L'espèce ne se trouve que dans la réserve naturelle de Gibraltar, qui occupe 40 % de la superficie totale du territoire.
Après la redécouverte, la plante a été propagée au Millennium Seed Bank, et le spécimen de référence est conservé aux Royal Botanic Gardens de Kew, à Londres. D'autres individus ont été réintroduits avec succès dans la réserve naturelle du Upper Rock. Mais bien que des plants survivent après réintroduction, l'espèce ne semble pas se ressemer et se propager naturellement dans son habitat d'origine. La conservation ex situ reste pour l'instant la seule option viable.
Le Youtan Poluo, entre botanique et légende bouddhiste
Le cas du Youtan Poluo est différent des quatre autres, et il faut le dire clairement : cette fleur n'appartient pas à la classification botanique établie. Elle circule dans des récits liés au bouddhisme, associée à des observations en Chine, en Corée du Sud et à Taïwan — apparaissant sur des statues, des surfaces métalliques ou des feuilles de plantes, sous la forme de minuscules structures blanches translucides de moins d'un millimètre.
Selon les textes bouddhistes anciens, le Youtan Poluo ne fleurirait qu'une fois tous les 3 000 ans, annonçant la réincarnation du Bouddha Maitreya. Sa découverte en 1997 dans un temple coréen a provoqué une attention considérable. Ce que les scientifiques ont identifié dans certains de ces cas ressemble davantage à des œufs d'insectes ou à des structures fongiques qu'à une plante à fleurs au sens strict. Ce flou entre observation réelle et interprétation culturelle fait partie de ce que cet « être » est — et c'est peut-être là sa forme de rareté la plus singulière.
Ces cinq cas n'ont pas grand-chose en commun, sinon ceci : ils montrent que la frontière entre « encore là » et « disparu » est souvent plus mince qu'on ne le croit, et que ce qui maintient une espèce en vie tient parfois à une branche greffée à temps, à un alpiniste qui regarde dans la bonne direction, ou à deux serres sur deux continents différents.