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Bananier en hiver

Bananier ruiné par l'hiver : le geste de la dernière chance a tout changé

Actualité

Au printemps, un bananier dont le feuillage a entièrement noirci pendant l'hiver ressemble à n'importe quoi sauf à une plante vivante. Le stipe pend, les feuilles ont la consistance d'un chiffon mouillé, et la tentation d'arracher le tout est réelle. C'est souvent à ce moment précis qu'on fait l'erreur.

Parce que le bananier ne fonctionne pas comme un arbuste. Ce n'est pas un arbre — c'est une plante herbacée géante, gorgée d'eau, dont les tissus ne sont pas lignifiés. Ce qui fait sa croissance spectaculaire en été est exactement ce qui le rend vulnérable en hiver : ses cellules gorgées d'eau ne résistent pas au gel. Mais la partie aérienne n'est pas toute la plante.

Avant de couper quoi que ce soit, vérifiez si la plante est encore en vie

Le feuillage brun et pendant ne dit rien sur l'état réel de la plante. Ce qu'il faut regarder, c'est le stipe — ce pseudo-tronc formé par les bases superposées des pétioles — et surtout ce qui se passe en dessous du sol. Le stipe est capable de résister jusqu'à -5°C sans protection, et le rhizome de la souche peut tenir jusqu'à -12°C dans les mêmes conditions. Autrement dit, même un bananier qui semble entièrement mort peut avoir une souche parfaitement intacte.

Pour le savoir, taillez le stipe par tranches successives, en descendant progressivement. Le signe de vie : si vous finissez par tomber sur un cercle central (le cœur) de couleur blanche, crème ou vert pâle, ferme et humide, arrêtez. C'est là que la reprise va se déclencher. Si en revanche tout est marron et mou jusqu'à la base, regardez autour du pied avant de conclure.

Le geste qui change tout : tailler court, sans hésiter

C'est le geste que beaucoup retardent parce qu'il semble radical. Pourtant, c'est lui qui débloque la reprise. En climat froid, n'hésitez pas à tailler à 20 cm du sol. Cette coupe nette permet aux bourgeons basaux de prendre le relais sans avoir à alimenter des tissus morts.

Chez le bananier d'ornement, ce n'est pas le feuillage qui compte le plus en hiver, mais la protection du stipe, véritable réserve de vie. Un Musa basjoo bien paillé repart souvent même si tout le feuillage a gelé : ce sont les bourgeons à la base du stipe qui relancent la végétation au printemps. La taille n'est donc pas une mutilation — c'est précisément ce qui permet à ces bourgeons de s'exprimer.

Utilisez un sécateur propre et bien aiguisé. Une coupe nette cicatrise mieux qu'une coupe écrasée, et réduit les risques d'infection fongique sur les tissus humides.

Ce que le sol peut faire que le stipe ne peut pas

Si le stipe est entièrement perdu — mou de haut en bas, sans aucun cœur vert — ce n'est pas forcément la fin. Si le gel abîme irrémédiablement feuilles et stipe, un rhizome bien couvert redémarre volontiers à la belle saison. Le premier signe de la reprise d'activité du bananier est l'apparition de nouvelles pousses, appelées rejets, au pied de la souche. Ces rejets sont souvent de petite taille, mais leur présence est un signe clair de la vitalité de la plante.

La patience est ici indispensable. Au printemps — avril ou mai — de nouvelles pousses apparaissent. Arracher la souche en mars parce qu'on ne voit encore rien revient souvent à jeter une plante parfaitement vivante. Si vous l'arrachez en avril, vous jetez souvent une plante vivante. Tant que le bulbe souterrain n'est pas de la bouillie, il y a de l'espoir.

Nourrir la reprise sans noyer les racines

Une fois la taille effectuée, le sol mérite attention. Ajoutez un peu d'engrais organique ou de compost autour du pied pour stimuler la reprise de la végétation. Le bananier est une plante particulièrement gourmande : son terreau doit être suffisamment riche et pourvu en phosphore, azote (croissance) et potassium (floraison) de manière équilibrée.

Sur l'arrosage, la règle est simple mais facile à transgresser : maintenir le sol légèrement humide, pas détrempé. Il est important de maintenir une bonne humidité du sol sans l'asphyxier. Il faut veiller à ce que l'eau ne stagne pas au niveau des racines, ce qui pourrait favoriser le développement de maladies. Un sol lourd et mal drainé après l'hiver est l'un des principaux facteurs de perte, bien avant le gel lui-même.

Un détail souvent négligé : ne versez jamais d'eau directement au centre du stipe coupé ou au cœur des feuilles au printemps. Cela ferait pourrir le bourgeon terminal qui essaie de sortir. Arrosez uniquement la terre au pied de la plante.

Les gelées de mai : le piège du retour du beau temps

Le bananier repart, les premières feuilles s'enroulent et pointent — et c'est là que survient parfois une gelée tardive. Ces nouvelles pousses sont bien plus fragiles que le stipe d'origine. Il est tentant lors des premières belles journées de printemps de retirer les protections, mais cela peut leur être fatal. Patientez jusqu'à fin avril au plus tôt, ou mi-mai quand les gelées sont terminées.

Si une nuit froide est annoncée alors que la reprise est déjà bien engagée, un voile d'hivernage posé le soir et retiré le matin suffit à protéger les jeunes pousses. Pas besoin de réinstaller tout le dispositif hivernal.

Quand les rejets deviennent une ressource

Une reprise par la souche produit souvent plusieurs rejets simultanément. Il n'est pas utile de tous les conserver. Surveillez l'apparition de rejets au pied : vous pouvez en conserver quelques-uns pour former une touffe généreuse ou en prélever pour les replanter ailleurs.

Les rejets à la base du pied mère ne seront prélevés que lorsqu'ils seront bien développés — au moins 25 cm — et présenteront des racines. Cette opération est réalisée de préférence au printemps. Un rejet prélevé trop tôt, sans racines propres, a peu de chances de s'établir seul.

Ce cycle — stipe qui meurt, souche qui repart, rejets qui prennent le relais — est en réalité le fonctionnement normal du bananier sous nos latitudes. Cette phase de repos, loin d'être une faiblesse, prépare une relance puissante dès la sortie de l'hiver, à condition de respecter les besoins de la plante.

Sources

Nicolas

À propos de l'auteur

Rédacteur

« Passionné de jardinage, je cultive potager, verger, plantes exotiques et agrumes. Je partage mes astuces et conseils pour tous les jardiniers. »